Et un râteau de plus ! Un ! mon pouvoir de séduction légendaire serait-il en train de décliner ? Bon, il
faut que je comprenne, je vais me raconter tout cela pour tenter d'analyser ce qui ne va pas.
J'arrive mardi chez un client pour renégocier le contrat de maintenance. Tout se passe bien et au moment où je m'en vais, il y a la responsable du service Contentieux qui m'interpelle dans le
couloir à voix basse en me prenant par le bras : " monsieur Carlus, pouvez-vous me consacrer un moment? j'ai quelque chose à vous dire". Quarante ans, pulpeuse, femme à lunette, jupe et corsage
moulants mettant en valeur des seins et des fesses bien en chair... oui, bien sûr que j'ai un moment à lui consacrer !
Elle m'entraine dans son bureau toujours en me tenant par le bras et referme la porte derrière nous. Bon, déjà, il faut savoir que seul dans un bureau fermé avec une femme, me trouble toujours un
peu... mais bon, je sais me tenir! je ne vais pas lui sauter dessus non plus ! mais... je suis dans de bonnes dispositions si elle me fait une déclaration !
"Monsieur Carlus, je voulais vous dire... euuhhh...comment dire ? je vous aime, voilà ! dès la première fois que je vous ai vu dans le hall, je n'ai jamais cessé de penser à vous!" Non, non, ce
n'est pas ce qu'elle me dit ! Ca c'est ce qui me passe par l'esprit une seconde avant qu'elle commence à me parler !
- Voilà, monsieur Carlus, j'ai un petit service à vous demander ! En nettoyant ma boîte aux lettres, j'ai perdu tous les mails que le boss m'a envoyé la semaine dernière pour les relances
clients-institutionnels ! "
- Ah pas de problème ! lui, il ne supprime jamais rien ! il les a encore certainement dans sa BAL ! Demandez-lui de vous les renvoyer !
- Mais c'est ça le problème, monsieur Carlus ! Je lui ai dit que les relances étaient déjà parties ! J'espérais tellement que vous pourriez, vous, entrer dans sa boîte et me les renvoyer... je
vous en prie, monsieur Carlus...!
Il y a un vieux fonds macho dans chaque homme qui fait que, quand une femme vous supplie en faisant sa mijaurée, en vous regardant comme un sauveur, un certain nombre de phénomènes se déclenchent
automatiquement. Déjà elle vous parait plus jolie, plus sensuelle. Ensuite il se créée une forme d'excitation propre à la situation : on l'imagine, après qu'on lui aura sauvé la vie, se jetant
dans nos bras et, éperdue de reconnaissance, s'abandonnant à nos désirs les plus bruts, sur le coin du bureau en chuchotant "oh non, je vous en prie, monsieur Carlus! oh oui, Monsieur
Carlus..."
- Oui, j'ai son mot de passe mais je ne sais pas si je peux atteindre sa boîte aux lettres de votre ordinateur...
- Oh, je vous en prie, Monsieur Carlus ! vous me sauveriez la vie !
Evidemment, je trouve sans problème la boîte mail du boss, et comme nous sommes à l'intérieur du réseau je peux y accéder sans problème ! mais comme je suis un peu émoustillé, je fais durer le
plaisir, histoire de voir s'il est possible d'obtenir une contrepartie plus palpable que des remerciements verbaux.
-Attendez que je vois ça ! routeur... ah merde ! anti-virus... adresse IP.... houlala... nom de domaine... Ah, ça va pas être facile, mais on devrait y arriver !
- Oh Monsieur Carlus, si vous faites cela, je... je me jette dans vos bras !
C'est là que je commence à comprendre qu'elle a saisi qu'elle avait affaire à un con en manque. Les femmes sentent ces choses-là ! Et là je me doute qu'elle est en train de jouer à fond à ce jeu
que toutes les femmes maitrisent parfaitement qui consiste à suggérer à demi-mots plein de chose tout en promettant peu de choses en fait !
Mais bon, comme ce n'est qu'une hypothèse, je tente ma chance et je lui renvoie illico les précieux mails de relance grands-clients-institutionnels
Elle regarde l'écran l'air effaré, les yeux écarquillés : " vous avez réussi à les restituer???"
Moi, modeste : "ben je sais pas, c'est vous qui allez me dire ! Vérifiez ! "
Elle vérifie et crie "Ooohhh, merde alors !" et... se jette dans mes bras. Bon point, elle tient ses promesses !
Là (je parle aux hommes uniquement!) qu'auriez-vous fait à ma place? vous auriez tenté de l'embrasser ? Eh bien c'est ce que je tente de faire !
Mais elle détourne ses lèvres des miennes " Non, soyez raisonnable, monsieur Carlus..."
Je tente encore ! peut-être qu'elle me fait mousser un peu en faisant sa chochotte ! Mais non, elle me repousse gentiment mais fermement !
Je lâche l'étreinte. Elle me remercie encore chaleureusement ! "oh vous ne pouvez pas savoir...! vous m'avez sauvé la vie...!"
Pour rester courtois et masquer ma déception, je lui dis :
"Toujours à votre disposition, mais la prochaine fois je négocierai plus âprement mes contreparties, vous êtes prévenue !"
- Oooohh, monsieur Carlus ! Vous êtes gentil !
Ah merde, elle a prononcé le mot qui me fout en rogne ! j'ai une sainte horreur qu'on me traite de "gentil" ! En fait il y a deux choses que je ne supporte pas d'une femme : le première c'est
qu'elle me dise que je suis gentil, la deuxième (ca doit avoir un rapport) c'est qu'elle me caresse les cheveux en faisant autre chose (en regardant la télé, par exemple)
Pour conclure, je voudrais m'adresser aux femmes, à mes amies femmes :
Sachez, mesdames, que la vie d'un homme célibataire et un peu timide dans le fond, est un véritable
calvaire ! Nous obliger, tout le temps, à vous faire des avances à l'aveuglette, parce que vous vous refusez à nous dire clairement au départ si on peut y aller ou pas, relève d'une forme de
maltraitance à l'égard des hommes, je n'hésite pas à le dire !
Car non seulement, on se tape la honte sur le moment, mais, en plus comme vous n'hésitez jamais à raconter nos tentatives infructueuses à vos collègues et amies, nous devons supporter, pendant
des mois, des regards moqueurs et compatissants !
Je le dis tout net, c'est insupportable et ce sera certainement un sujet de revendication de la part des hommes dans les décennies à venir !